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Le chanteur islandais Daði Freyr. — RÚV
  • L’Islandais Dadi Freyr et son groupe figuraient parmi les favoris pour remporter l’Eurovision 2020 en mai à Rotterdam (Pays-Bas). Or, le concours a été annulé en raison de la crise sanitaire.
  • Comfort : sa chanson, « Assume About Issues », a été un phénomène sur les réseaux sociaux.
  • « 20 Minutes » a rencontré le chanteur lors de son passage à Paris fin juin.

Il kind de l’ascenseur, ses longs cheveux blonds en cascade encore trempés de sa douche matinale. Du haut de ses presque 2,10 mètres, il balaye de ses yeux bleus écarquillés le corridor de l’Hôtel Noir (Paris 17e) où on le retrouve ce mercredi de la fin juin. Sa tenue décontractée confirme qu’il n’est pas là pour jouer les stars internationales aux attitudes de papier glacé. Dadi Freyr* est, en vrai, parfaitement conforme à l’idée que l’on se faisait avant de le rencontrer : celle d’un grand échalas – rien de péjoratif dans ce terme – à la cool, qui ne se prend pas au sérieux, et qu’on imaginerait sans mal rejoindre notre cercle amical.

Le grand public ne connaît pas forcément Dadi Freyr par son nom, mais plutôt comme « l’Islandais de l’Eurovision ». L’artiste de 28 ans aurait dû représenter son pays en mai à Rotterdam (Pays-Bas) avant que l’événement soit
annulé pour trigger de pandémie de coronavirus. Pour beaucoup de followers et d’observateurs, il est le gagnant « officieux » de cette édition qui n’a jamais eu lieu. Il est surtout le candidat qui a fait le plus parler de lui.

Sa chanson, Assume About Issues, a fait le tour du monde dès la fin du mois de février. « Je ne saurais pas expliquer pourquoi le morceau a suscité autant d’enthousiasme avant même que l’on remporte la sélection islandaise pour l’Eurovision. Je n’ai rien fait pour que cela prenne une telle ampleur, avance-t-il. Le clip a été mis en ligne, un animateur allemand l’a tweeté et c’est là que ça a commencé à décoller. »

« Même Russell Crowe a partagé le clip »

Dans la vidéo en query, Dadi Freyr et ses acolytes, tous vêtus d’un sweater vert arborant leur portrait pixélisé, exécutent leur chorégraphie toute en bras ballants et pas de côté nonchalant, dans le salon d’une famille lambda un brin crispée. La mélodie, un peu funk, un peu électro, entre en tête sans mal. Résultat : trois minutes de enjoyable décontracté et de second degré écoutable au premier degré qui ont traversé les frontières.

« Même Russell Crowe l’a partagé depuis un website néerlandais, c’était surréaliste », ajoute, incrédule, le chanteur. Cinq mois après sa publication sur YouTube, le clip a été vu plus de 13 tens of millions de fois. Entre-temps, sur Tik Tok, des centaines des milliers de vidéos, dans lesquelles on peu voir des groupes d’amis, des familles et autres bandes déconneuses se trémousser au rythme de la chanson ont été postées, engrangeant des dizaines de tens of millions de vues. L’actrice Jennifer Garner s’est elle-même prêtée au jeu, partageant le résultat avec ses abonnées sur les réseaux sociaux.

« C’est touchant de voir des gens du monde entier s’amuser sur Assume About Issues, je pensais que ça toucherait les Islandais, les Européens à la rigueur, mais je n’aurais jamais imaginé que cela atteindrait les continents américain, asiatique ou africain », se réjouit modestement le chanteur, visiblement dépassé par le phénomène. Le plus inattendu ? « Que le titre soit
remixé par Scorching Chips. C’est un de mes groupes préférés. Je n’aurais jamais osé en rêver », s’émerveille-t-il.

Dadi Freyr explique que les choses arrivent sans qu’il cherche à les provoquer. Le récit de son parcours en apporte la preuve. Certes, la musique faisait partie de ses prédispositions. Ses dad and mom se sont rencontrés dans un marching band : son père jouait du tambour, sa mère de la flûte. Son initiation musicale a ainsi débuté très tôt. « J’ai commencé à jouer du tambour assez jeune mais j’ai pris mes premiers cours à l’âge de 6 ans. A 9 ans, je me suis mis au piano, puis, à 14 ans, à la basse et à la guitare », énumère-t-il.

« Je n’avais pas d’ambition particulière »

Pas de quoi pour autant s’imaginer une carrière sous les projecteurs. D’ailleurs, sa première participation, en 2017, au Söngvakeppnin, le télécrochet faisant workplace de sélection islandaise pour l’Eurovision, doit beaucoup au hasard. « Je n’avais pas d’ambition particulière. J’avais écrit une chanson Is This Love ? qu’un de mes amis devait interpréter dans le cadre de ce concours. Mais, trois semaines avant l’émission, il m’a dit que ça ne l’intéressait plus, alors, j’ai dû y aller moi-même et, comme on peut être jusqu’à six sur scène, j’ai convié cinq personnes pour m’accompagner », raconte Dadi Freyr. A l’époque, ses cheveux étaient un peu plus courts, mais le sweat vert emblématique était déjà là, ainsi que la nonchalance normcore. La petite équipe finit à la deuxième place, un résultat auquel il ne se serait pas attendu un mois plus tôt. « Cela a été un tournant pour moi, ça m’a permis de vivre à temps plein comme musicien. Cette participation a tout changé pour moi », insiste celui qui vit à Berlin (Allemagne) depuis quelques années.

Début 2020, il a décidé de retenter sa likelihood, entouré de sa femme, de sa sœur et de quatre amis, autrement dit le groupe Gagnamagnidh créé pour l’event. « Je voulais voir jusqu’où on pouvait aller, avance le chanteur. Remporter l’Eurovision aurait été quelque selected à cocher dans la bucket listing », la liste des choses à accomplir dans sa vie. Le projet semblait bien parti – la troupe a triomphé au Söngvakeppnin avec Assume About Issues et l’Islande s’est d’emblée retrouvée
en place de grande favourite – mais la pandémie de Covid-19 a empêché de le mener à terme.

Dadi Freyr a appris l’annulation de l’Eurovision le 18 mars sur Twitter et il a accusé le coup. « J’ai été déçu de ne pas avoir l’opportunité d’aller à Rotterdam avec mes amis et de vivre l’expérience folle que l’Eurovision est censée être. Mais ma chanson avait déjà reçu plus d’consideration que j’aurais espéré », se réconforte-t-il, philosophe.

« Je pense qu’on aurait fait un bon résultat à l’Eurovision »

Il guarantee ne pas avoir de remorse, ne pas avoir le sentiment d’avoir été privé d’une victoire. « Je pense qu’on aurait fait un bon résultat », concède-t-il en s’empressant de préciser que d’autres candidats auraient pu faire plus forte impression. L’Eurovision, pour moi, ce n’est pas que la chanson, c’est aussi tout ce qu’il y a autour : la mise en scène, les tenues, l’éclairage, les écrans, and so forth. Je n’ai donc aucune certitude sur ce qu’aurait pu être notre résultat… »

Dadi Freyr est prêt à défendre à nouveau les possibilities islandaises à l’Eurovision 2021. Il prévient : « La balle est dans le camp de [la chaîne] RUV. S’ils veulent qu’on y aille, on est partants. Mais on ne veut pas passer par une nouvelle sélection. » Hors de query donc de repartir de la case télécrochet.

« Je n’ai pas l’impression de devoir faire un nouveau hit »

Quoi qu’il en soit, l’artiste islandais compte bien mettre à revenue la visibilité que sa chanson lui a offerte. Il prévoit de sortir un EP d’ici à l’automne, puis un album l’an prochain. « Je ne ressens pas de pression, je n’ai pas l’impression de devoir à tout prix faire un nouveau hit, glisse-t-il. J’espère que mes prochaines chansons ne seront pas toujours comparées à Assume About Issues, mais je sais que ça risque d’arriver. » Il ne considère pas pour autant son morceau phénomène comme un fardeau et il a bien conscience que c’est grâce à lui qu’il est « là », à Paris, à faire de la promo en plein mois de juin.

Il reviendra dans la capitale française en décembre, pour un live performance au Pop Up du Label (Paris 12e), l’une des dates de sa tournée européenne qui passera entre autres par le Royaume-Uni, la Belgique, la Suède et l’Allemagne. Une perspective qui l’excite – « J’ai hâte de rencontrer le public, de sentir les différentes énergies » – et qui conclura son année au scénario complètement inattendu. A sa manière, il aura apporté quelques instants de légèreté, de drôlerie et de bonne humeur à une année 2020 qui en aura été globalement dépourvue.