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Bouffon médiatique, imposteur pour les uns, génie incompris pour les autres, personnage complexe à l’égo démesuré pour à peu près tout le monde, Kanye West peut-il devenir Président des Etats-Unis ?

Le rappeur et producteur multi-facettes originaire d’Atlanta, autant connu pour sa musique que pour ses frasques et dérapages artistiques ou son idylle médiatique avec Kim Kardashian, a décidé de se présenter à l’élection Présidentielle américaine de 2020.

Jadis proche des Républicains, soutien de la première heure de Donald Trump (lors de la précédente campagne, on l’a souvent vu casquette M.A.G.A. rouge vissée sur la tête), celui qui se surnomme lui-même Yeezus (mélange de Jesus et de Ye, diminutif de Kanye) a finalement préféré s’en éloigner pour s’auto-désigner candidat de Dieu.

Cet engagement dans la course à la Maison Blanche n’est pas vraiment une shock pour ses aficionados de longue date, puisqu’il l’avait déjà annoncé dès 2015 lors de son discours aux Video Music Awards sur MTV, puis confirmé en 2016 dans le morceau Details (« 2020 I’ma run the entire election »).

Si sa mégalomanie légendaire et son ego surdimensionné ne jouent pas forcément en sa faveur, son engagement réel (certes à se manière) pour la trigger afro-américaine ne date pas d’hier, et on ne saurait le taxer d’opportunisme à ce sujet. Dans un pays où le mythe du self-made man fait toujours rêver, son ascension spectaculaire et ses succès dans l’industrie musicale ne devraient pas le desservir. Ses multiples relations dans le monde du spectacle et son immense fortune sont un autre atout pour la campagne à mener. Ses positions conservatrices (anti-vaccin, anti-avortement, opposition au « gun management »…) et son prosélytisme religieux devraient assurément trouver une viewers dans l’Amérique de l’ère Trump. Ajoutons qu’il sait faire preuve parfois d’une touche humour voire même d’un chouïa d’auto-dérision, par exemple lorsque il se moque de lui-même dans le morceau « I really like Kanye  » ou quand il se permet de faire un that includes avec un sure … God sur le morceau I’m a God en 2013.

Et puis, honnêtement, venant d’un pays succesful de porter Trump à Washington, plus rien ne devrait nous surprendre.

Malgré cela, les probabilities du candidat West d’accéder à la fonction suprême restent extrêmement minces, et la compétition sera impolite pour notre champion. D’autant qu’on lui prête une santé mentale fragile : Docteur Kanye et Mister West seraient en effet atteints de troubles bipolaires, en plus d’être accro à diverses substances plus ou moins légales et toxiques (opioïdes, Twitter, femmes…). Final however not least, son dependancy au porno, qui est de notoriété publique, et dont il ne parvient pas à guérir.

Ceci étant dit, le mieux pour appréhender le personnage, c’est peut-être encore d’écouter sa manufacturing musicale.

On accordera à Kanye West d’avoir su développer un expertise indéniable pour l’artwork du pattern (ou échantillonnage en québécois), au service de la mélodie, expertise qui vient compenser un stream qui parfois peut passer pour approximatif comparé à d’autres grands noms du hip-hop américain (Jay-Z ou Eminem par exemple). Outre les fameux « Huh ! » qui caractérisent son type, on notera également qu’il a eu recours par le passé à une utilisation quelque peu abusive de l’autotune pour améliorer son chant, notamment le temps d’un album entier (et vu son succès, il a du en ramasser de l’auto-Thune). On peut également mettre à son crédit des textes percutants (du moins sur le plan formel) aux accents ego-trip très prononcés, et un goût sure pour le clinquant, la démesure, le grandiloquent (sortez les violons). Sans oublier son attirance pour le romantisme low cost très premier degré qui confine au mauvais goût (parodique ?), cf. lui et sa femme nue sur une moto défilant sur fond vert.

Et puis, Kanye West est aussi un formidable dénicheur de skills, qui sait s’entourer et tirer le meilleur de ses collaborations parfois extrêmement nombreuses (plus d’une trentaine d’artistes sur l’album My Stunning Darkish Twisted Fantasy par exemple). Il excelle enfin dans l’artwork du teasing et de la promotion de ses œuvres.

Précision amusante, comme Vladimir Nabokov, Wassily Kandisky ou encore Franz Liszt, Kanye West serait synesthèthe, du nom de ce « phénomène neurologique non pathologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés de manière sturdy ». Dans le cas de la synesthésie [musique – couleur] propre à Monsieur West, cela signifie qu’à chaque son qu’il entend est associé une couleur.

Avant de conclure, voici quelques morceaux qui, s’ils ne vous aident pas à mieux cerner sa (ses multiples) personnalité(s), devraient au moins vous faire passer un agréable second, ou au moins vous introduire à son univers musical si ce n’est pas déjà le cas :

 

Runaway – sur l’album My Bautiful Darkish Twisted Fantasy (2010).

Sur ce morceau qui est probablement le plus lengthy de sa discographie (9 minutes et quelques), Kanye se livre avec sincérité et présente ses excuses pour s’être comporté en véritable “asshole” avec les femmes. Son chant mal placé donne un côté touchant au morceau, et la deuxième moitié du titre après la fausse fin est entièrement chantée au vocoder, ce qui rend les paroles inintelligibles mais leur procure une belle étrangeté. Sans oublier l’orchestre à cordes pour le côté grandiose. Splendide.

child I’ve obtained a plan : run away as quick as you possibly can

 

Hell of a Life – sur l’album My Bautiful Darkish Twisted Fantasy (2010).

Quand on s’appelle Kanye West on ne se refait pas. Ou remark désamorcer sa tentative de sincérité de la piste précédente et retrouver sa avenue cred de vrai thug (en vrai ça veut rien dire). Hell of a life vient donc sciemment démolir tout ce que Kanye avait commencé à dévoiler de sensibilité. Et ça donne un gros banger bien énervé avec un chorus calqué sur le fameux Iron Man de Black Sabbath. Monsieur connait ses classiques !

“I feel I fell in love with a porn star / And obtained married in a toilet / Honeymoon on the dance ground/ And obtained divorced by the top of the evening / That’s one hell of a life”

 

Otis – sur l’album Watch the Throne en duo avec Jay-Z en 2011

Sur un superbe pattern vocal et piano d’Otis Redding, Ye et Jay se la jouent concours de zizi en passe-passe et font les kékés devant un immense drapeau américain, dans une grosse voiture tunée avec des femmes en tenues légères au milieu des lances-flammes. 100% egotrip.

“Couture degree stream isn’t occurring sale/ Luxurious rap, the Hermès of verses / Refined ignorance, write my curses in cursive”

 

Fade – Album The Life Of Pablo en 2016

Morceau groovy qui donne irrémédiablement envie de danser, hommage au Disco et au début de la Home. A noter la efficiency inoubliable de danse musclée par Teyana Taylor en mode Flashdance.

“Oh, deep inside / Deep, deep, down inside / I really feel it” (C’est très profond)

 

Saint Pablo – Album The Life Of Pablo en 2016

Où Kanye start modeste en parlant de ses difficultés et de ses dettes en mode intimiste, avant de remonter la pente et de remettre les factors sur les i avec sa mégalomanie légendaire !

“I am not uncontrolled, I am simply not in they management / I do know I am essentially the most influential / That TIME cowl was simply affirmation / This technology’s closest factor to Einstein”

 

Ghost City– Album Ye en 2018

Beaucoup d’invités pour ce titre percutant et efficace, sur lequel Kanye West nous surprend à chanter plutôt bien. Un petit côté nostalgique pas dégueu. Et l’outro signée 070 Shake marche à fond sur moi.

“I put my hand on a range, to see if I nonetheless bleed / And nothing hurts anymore, I really feel kinda free / We’re nonetheless the children we was”

 

En complément, je vous recommande également cette superbe compilation d’extraits vidéo intitulée “Kanye West as a Tame Impala Track” qui recense quelques unes de ses meilleures interventions remixées à la sauce Kevin Parker. Alors oui, évidemment, c’est totalement “Out of context”, mais c’est vraiment hilarant !

Bref, Kanye West est assurément un génie excentrique. Comme il le dit si bien lui même, « Identify one genius that ain’t loopy ! ». Est-ce que ça suffira pour devenir Président des Etats-Unis ?

Promis, je vous préviendrai dès qu’il y aura du nouveau à l’West.

 





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