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Live performance mondial, chansons inoubliables et transgénérationnelles, ce dwell enregistré devant plus d’un demi-million de personnes a rappelé combien le duo new-yorkais, qui s’était séparé en 1970, avait marqué la mémoire collective

Rarement un album dwell n’avait autant circulé dans les bureaux comme dans la cour de récré des lycées des années 1980. Sous forme de prêt, de double 33-tours rayés à pressure de passer de principal en principal, de K7 BASF Chrome pour les snobs ou Agfa C90 orange pour les moins audiophiles. Si déjà on se refilait leur vénérable compile, où Paul Simon, cheveux longs, moustache et gapette sur la tête et Artwork, veste et T-shirt rayé dans un parc aux arbres vert de printemps, l’arrivée du dwell allait marquer cette époque.

Mieux, quelques jours après son arrivée dans les bacs en cet hiver froid de 1982, la télévision française, Antenne 2 et dans le cadre d’une spéciale des Enfants du Rock, un samedi soir donc, avait décidé de diffuser le present. Probablement l’un des meilleures audiences de la défunte et meilleure émission de télé rock de l’histoire de la télévision française.

Set imparable

« Tout était juste parfait, de la première à la dernière be aware, de l’attaque du premier titre. »

On revoit encore, posée au milieu de Central Park, cette scène, façon « Petite maison dans la prairie », avec son éolienne – déjà –, son réservoir et cette pléthore de musiciens. Apparaissent Paul, Ovation sur l’épaule – parfois une Stratocaster – et Artwork, chemise blanche gilet noir, easy, sobre, après que le maire de New York, Ed Koch, ait lancé « Girls and Gentleman, Simon & Garfunkel ». Et surtout, ces chansons. Une setlist imparable, les plus belles mélodies de la pop pas encore americana mais très folks et magistralement réinterprétées, repensées, rejouées et chantées avec une ardour, une émotion encore palpable aujourd’hui, près de quarante ans plus tard. Tout était juste parfait, de la première à la dernière be aware, de l’attaque du premier titre, « Mrs Robinson », où la machine s’échauffe, au poignant dernier arpège de « The Sounds Of Silence » en passant, au hasard, par le dinguissime  solo de sax signé Dave Tofani sur « Nonetheless Loopy After All These Years » aux licks de la batterie de Steve Gadd sur « Late In The Night » et ses four baguettes…

Rêveries angoissées

Alors oui, « Après de nombreux changements, nous sommes plus ou moins les mêmes », philosophe Paul Simon dans une model légèrement révisée de «The Boxer», un titre sur les luttes intérieures et permanentes auxquels sont confrontés chacun de nous et, peut-être, la plus belle chanson que Paul Simon ait écrite alors qu’avec Artwork Garfunkel, ils formaient encore un duo magique. Lorsque Simon et Garfunkel entonnent «The Boxer» sur un association délicat et inattendu, ces mots auraient pu s’appliquer à l’alchimie entre les deux hommes. Bien qu’une décennie de projets en solo les ait séparés, leur relation musicale semble inchangée. La voix irréelle de Garfunkel filtre les rêveries angoissées de Simon pour en faire un doux concentré romantique, et les harmonies étroites du duo transforment les sombres compositions en de chaleureux échanges de sentiments.

Cette chimie, mieux, cette alchimie, on la retrouve dans The Live performance in Central Park : dix-neuf morceaux, moins, hélas, un titre non retenu dans sa model double album, «The Late Nice Johnny Ace» de Simon – et le bis last de « Late In Teh Night ». Mais ce dwell a de la magie à revendre. Bien qu’ils aient été retravaillés en studio après l’événement, les morceaux sont loin d’être polis à 100 %. Mieux encore, il parvient à recréer une véritable ambiance de live performance, peu de traficotages en post-prod, presque un bootleg de luxe en prise soundboard. Réellement rafraîchissant.

« Le sentiment d’une longue histoire d’amour avec la Grosse Pomme transcende et imprègne ce disque. »

Croquer la Grande Pomme

Les preparations signés Paul Simon et David Matthews modernisent notablement plusieurs des chansons majeures de Simon par rapport à leurs variations de studio. «Kodachrome» passe ainsi du folk-rock dynamique à un rock plus dur et galopant qui s’injecte directement dans une magnifique reprise de «Maybellene» de Chuck Berry. Même traitement pour les titres latins de Simon : les fortes inflexions du folk-latin de «Me and Julio Down by the Schoolyard» sont accentuées et prolongées dans cette relecture et mise en valeur par une pause salsa torride. «Fifty Methods to Go away Your Lover» a oublié sa marche militaire pour devenir un air de danse latino swing avec pressure cuivres. La model dwell de «Late within the Night» est encore plus captivante que l’originale : s’il s’avère qu’il s’agit là de l’une des toutes meilleures compositions de Simon – et il n’avait pas encore sorti Graceland ni Rhythm Of The Saints –, il fusionne salsa et rock pour en faire un son qu’on peut aisément qualifier d’universel.

La relation particulière que Simon & Garfunkel entretiennent avec New York a participé à rendre ce live performance aussi mémorable. Contrairement à beaucoup de stars de la pop de leur génération, ces originaires du Queens ne se sont pas enfuis sur la Côte Ouest une fois fortune faite. Ils sont restés dans la ville, continuant à assimiler ses ressources culturelles, à les recycler et à les restituer. Aussi, le sentiment d’une longue histoire d’amour avec la Grosse Pomme transcende et imprègne ce disque.

« Final Man Standing »

Ce double-album montre également l’impressionnant répertoire de Paul Simon et raconte, par sa richesse, son absorption de la musique de rue new-yorkaise : bien qu’ébloui par Bob Dylan à ses débuts, Simon a progressé artistiquement au fur et à mesure que les sons de la ville atteignaient ses oreilles. Ainsi a-t-il ajouté à ses premières influences, gospel, rock & roll, et même classique – « American Tune » est repris intégralement sur La Ardour selon Saint Mathieu de Jean-Sébastien Bach ! – et la salsa.

Artwork Garfunkel de son côté, donne un ton inspiré aux textes les plus sombres de Simon. Sa franchise et sa sincérité font que «April Come She Will» ressemble moins à un soupir de deuil qu’à une promesse de printemps. Et ses interprétations vertigineuses et même hallucinantes de «Bridge over Troubled Water» et de «A Coronary heart in New York» – seul composition qui n’est pas de Simon, ce qui souligne Garfunkel avant de se lancer – de résonnent d’espoir.

Curieusement, alors que ce dwell se vendra par camions entiers – 2 hundreds of thousands de copies vendues aux Etats-Unis, et 1,three million en France !    The Live performance In Central Park sera le dernier « final man standing » du folks rock à l’orée des années 80. La toute puissance des synthés et de l’ère numérique débarquant en pressure dans les studios. Et s’il ne changera pas fondamentalement l’histoire de la musique, le carton worldwide de ce double dwell poussera le duo à lancer une tournée à travers le monde avec un passage à Paris, à l’Hippodrome d’Auteuil, le eight juin 1982.

Pour information, Arte rediffuse ce live performance mythique son sur web site jusqu’au 21 octobre.

Epilogue : Paul Simon reviendra à Central Park, en solo, devant 600 000 personnes, le 15 août 1991, lors de Tournée «Born on the Proper Time».

Simon et Garfunkel joueront ensemble à quelques rares events par la suite, et lanceront une dernière tournée, Previous Mates, en 2003/2004. La tournée passera par Paris et l’entracte sera assuré par les Everly Brothers, qui avaient toujours été leurs modèles et dont ils reprirent « Wake Up Little Suzy ».



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