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Sa sortie avait été annoncée le 10 septembre dernier, accompagnée de la chanson titulaire : Letter to You, vingtième album de studio de Bruce Springsteen, tient toutes ses promesses. Il go well with d’un peu plus d’un an l’atypique Western Stars, splendide évocation orchestrale d’un Ouest américain, épique et nostalgique. Deux albums originaux en moins de deux ans, cela signifie un vif regain d’activité créative, Western Stars étant apparu après un silence – studio – de cinq ans.

Chez Springsteen, qui ne rechigne pas à montrer sa tête en picture, les pochettes ont toujours une signification particulière : on l’a vu jeune rebelle, combatif, méditatif, tristounet appuyé sur la portière d’un cabriolet couleur crème (Tunnel of Love). Le voici marqué par le temps. Celui qu’il fait – la picture date de l’hiver dernier – et celui qui passe, constituant par ailleurs le thème principal de l’album.

Le regard dans le rétroviseur

Letter to You apparaît en effet quatre ans après la parution de l’autobiographie Born to Run (2016) et sa mise en scène au Walter Kerr Theatre à Broadway (12 octobre 2017-15 décembre 2018). Écrites et composées quelques mois plus tard, au printemps 2019, les neuf nouvelles chansons – sur douze – que compte Letter to You sont marquées par la query de la finitude, d’autant plus chevillée à l’esprit du Boss depuis qu’il a passé, le 23 septembre de l’an dernier, le cap de la septantaine.

Les trois autres titres remontent loin, à une époque précédant la parution de Greetings from Asbury Park N.J. (1973), premier album du Boss. “If I Was the Priest”, “Janey Wants a Shooter” et “Music for Orphans” ont été écrites entre 1971 et 1972. Près de cinquante ans plus tard, l’ auteur-compositeur les interprète quasi comme il l’aurait fait au second de leur écriture. On y retrouve le type chanson people électrifiée, additionnée de piano et d’orgue, comme l’a longtemps fait un sure Bob Dylan. L’intonation vocale, particulière sur ces trois chansons, de même que l’harmonica à la fin d’ “If I Was the Priest”, montre que, loin de la renier, Springsteen assume sa filiation d’avec le Zim.

L’E Road Band, mythique mais pas immuable

La différence fondamentale tient bien sûr au fait que le E Road Band, qui fait son grand retour avec Letter to You, ne ressemble plus du tout à celui de 1973. Peut-être parce qu’il a l’air taillé dans le roc, ce groupe mythique semble immuable. En réalité, sur cinq décennies, il a pris de nombreuses formes différentes.

Le seul membre authentic est le bassiste Garry Tallent. Le batteur Max Weinberg et le pianiste Roy Bittan sont entrés en lice en 1974, Steven Van Zandt, guitariste, un an plus tard. Quant à la flamboyante chanteuse, guitariste et future épouse Patti Scialfa, elle apparaît, comme le guitariste Nils Lofgren, en 1984. Mort en 2011, le brûlant saxophoniste Clarence Clemons est remplacé, depuis 2012, par son neveu Jake.

Tout le monde chez papy Bruce

S’il apparaît comme immuable, l’E Road est, tel le vivant, en constante évolution. Aussi légendaire que le Loopy Horse de Neil Younger, le groupe est au mieux de sa forme. Puissante et rodée comme un gros V8 de Ford Mustang, la machine s’adapte à toutes les circonstances. Dans le cas présent, elle fait preuve d’une cohésion inédite. C’est, en effet une première : tout le groupe a enregistré, en direct, dans le studio personnel que le Patron a installé dans une maison en face de sa ferme, le Thrill Hill Recording, situé au 132 Muhlenbrink Street à Colts Neck, dans le New Jersey. Prévu sur cinq jours, en novembre 2019, l’enregistrement a été bouclé en à peine quatre, ce qui est toujours bon signe.

Ceux qui aiment le son typique, chaud et dynamique de l’E Road Band le retrouveront dans “Burnin’Prepare” ou “Ghosts”. 

Avec ses relances imparables, le groupe module certaines compositions assez répétitives, insistantes comme “Rainmaker”.

Héritier de Bob Dylan

Les tempos, le plus souvent moyens ou lents, pourraient laisser croire que Springsteen s’assagit ou vieillit. C’est la réalité d’un homme de 71 ans, qui partage une partie de ses méditations sur le temps, la solitude, la mort, en des textes tel que lui, digne héritier de Bob Dylan, sait les tailler. Sur Letter to You, Springsteen ne drive pas la dose, mais le respect.

Certains titres semblent faits pour les stades, mais, compte tenu de la crise sanitaire, Springsteen ne prévoit pas d’emmener son E Road Band en tournée avant 2022. À remorse d’ailleurs, automotive il considère désormais chaque année passée sans live performance comme perdue. Par son titre, Letter to You laisse à penser que le musicien s’adresse non pas à tout le monde, mais à chacun en particulier. Enregistré fin 2019, cet album n’a, a priori, rien à voir avec le cours dramatique des événements de la maudite année 2020. Sauf que, consolateur, il tombe à pic.

Letter to You, Bruce Springsteen & the E Road Band, Columbia, Sony Music.



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